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Vendredi saint

Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie éternelle. (Jean 3.16)

Le vendredi saint, les chrétiens commémorent de façon particulière la mort de Jésus-Christ sur la croix. Nous sommes ici au coeur de l'histoire du salut de la race humaine. Le Christ s’offre en sacrifice volontaire pour nous, les hommes. Un sacrifice de valeur éternelle, innocent, sans péché, immaculé.

Vous trouverez ici le récit de la crucifixion avec, en arrière fond, un certain nombre de textes bibliques pour jeter leur lumière sur les sept paroles que Jésus prononce sur la croix : les 7 paroles.

Les Juifs ont été accusés de déicide. C’est ce qui a provoqué des pogroms, des persécutions de tout genre, l’expulsion des Juifs de pays catholiques etc. N’avaient-ils pas tué le Fils de Dieu ? Le poète hollandais Révius, au 17me siècle, avait mieux compris les enjeux et les culpabilités de ce jour terrible. Il l’a exprimé dans le texte suivant :

C’est moi !

Ce ne sont pas les Juifs, Seigneur Jésus, qui t’ont crucifié,
et qui, de traître manière, te condamnèrent,
ou qui, dans leur méprise, dans ton visage crachèrent,
qui t’ont lié, frappé, blessé, ta face voilée.

Ce ne sont pas les soldats qui de leurs poings durcis
ont levé le marteau et le roseau,
qui partagèrent, jouant au sort, ton unique manteau,

qui ont dressé sur cette colline affreuse le bois maudit.

C’est moi, Seigneur, c’est moi qui suis coupable,
c’est moi la lourde croix qui t’a pesé,
c’est moi la corde serrante qui t’a lié,
le clou, la lance, le fouet misérable,
la couronne de sang que tu portas.
Car tout cela, ce fut pour moi, hélas, à cause de mes péchés.

Cette terre, une fois déjà, a bu le sang d’Abel, criant vengeance
quatre mille ans se sont enfuis,
et de nouveau le sang abreuve le sol et crie vengeance,
mais le sang de Christ était, est et demeure ...grâce

                                                      D’après Jacob Revius (XVIIme siècle), in : Egbert Egberts, Echos de ta voix, repères sur ma voie

 

Le chemin de la croix

“Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ?

(...) Je crie le jour et tu ne réponds pas. La nuit, et je ne garde pas le silence”

“Eli, Eli, lama sabachthani ?”

Psaume 22.2,3.

Matthieu 27.45,46

Dieu enverrait un homme qui écraserait le serpent au prix d’une grande souffrance. C’est ce que nous lisons en Genèse 3.15. Noël cache une grande souffrance. Le Messie, l’Oint promis, viendrait comme sacrifice, pour réconcilier en son sang les hommes devenus ennemis de Dieu. Une épée allait devoir traverser le cœur de sa mère. La joie de Noël est tempérée par la croix.

La souffrance du Messie ?

-C’est déjà le fait d’avoir dû quitter sonPère. Il faut avoir été forcé à partir de chez soi pour commencer à apprécier cette souffrance. Il est venu seul dans un monde hostile.

-C’est l’humiliation du Créateur qui devient un fœtus fragile dans le sein d’une jeune fillenon-mariée.

-C’est l’incompréhension, celle qui dure déjà presque 2000 ans.

-C’est l’opposition sans relâche de l’ennemi de toujours.

-C’est échanger l’obéissance du ciel contre la contestation des hommes.

Mais c’est finalement bien plus grave que tout cela.

-C’est la solitude de la croix.

-C’est le poids inconnu jusque là du péché et de la condamnation.

-C’est l’abandon du Père quand il devient péché pour nous.

-C’est le cri qui déchire l’univers et qui révèle au ciel la profondeur jusque là inintelligible et impénétrable de la misère et de la culpabilité.

Christ fraie une nouvelle voie jusque là inexplorée. Nous sommes appelés à le suivre. Mais, grâce à Dieu, nous ne le suivrons jamais jusqu’au bout sur ce chemin. Il y est allé seul, pour nous.

Coupable

Ils le condamneront à mort, le livreront aux païens… (Marc 10.33)

Qui est coupable de la mort de Jésus ? Les Juifs, les païens ?

Voici le coupable idéal, Caïphe. Juif, riche, hypocrite et politicien ! Il a passé sa vie à profiter sans trahir, et à trahir sans profiter. Il représente si bien le consensus des bien-pensants. Le vrai Caïphe a dû disparaître depuis longtemps derrière le masque du prêtre. Dieu est devenu une abstraction, et le but sanctifie les moyens. Le coupable idéal ! Mais y a-t-il du Caïphe en nous ? Comme lui, sommes-nous tentés de valoriser le consensus respectable de la majorité et des médias ? Comme lui, avons-nous peur d’afficher autre chose que le politiquement correct ? Sommes-nous tentés de nous cacher derrière notre façade, plutôt que d’écouter humblement le Christ ?

Après lui, voici le coupable commode, Pilate. Un étranger, avide du pouvoir, cruel, lâche, inflexible, impitoyable et obstiné. C’est depuis belle lurette qu’il n’a plus que faire de vérités contraignantes. Un libre-penseur, enchaîné à son ambition. Un coupable bien commode ! Mais quand chez nous le devoir l’emporte sur la conscience et que la peur nous pousse à tous les reniements, que nous laissons faire parce que c’est plus … commode, y a-t-il du Pilate en nous ?

Et le coupable facile, Judas ? Un traître et un voleur, un démonisé. Mais aussi un matérialiste déçu par la foi. Comme nous quand l’argent pèse plus lourd que la fidélité ? Quand l’abandon est plus facile que la persévérance ?

Accuser les autres ? Ou implorer le pardon et suivre un tel Sauveur ?

 

Une histoire de deux femmes

Il y a déjà très longtemps – c’est en tous cas ce qu’on m’a raconté –, deux saintes femmes se sont rencontrées dans une rue pavée d’or.
“Par le scintillement de votre couronne, dit la première, je constate que, comme moi, vous avez été maman sur terre.”
“Par le halo bleu qui vous environne, je devine que vous avez eu, vous aussi, un cœur qui a souffert.”
“Oh oui, répondit la seconde, j’avais un fils, un petit garçon mignon et rieur, un vrai délice. Mais la vie n’a pas été toujours facile...”

“Parlez-moi de votre enfant”
“Ah ! Je n’en revenais pas : Dès l’instant où je l’ai eu dans les bras, mon cœur a éclaté de joie.”
“Oui, je vous comprends, acquiesça l’autre, J’ai ressenti exactement la même chose.”

Et le dialogue s’est poursuivi : “A chaque nouvelle découverte, son visage exprimait à la fois la surprise, l’enthousiasme et l’assurance : Il me faisait totalement confiance.”
Et l’autre de renchérir : “Je vous comprends parfaitement. Et puis, quand il est devenu grand et bel homme, si vigoureux et gentil à la fois, j’étais enchantée de l’avoir dans la rue à mes côtés.”
“Oh oui, c’était pareil pour moi : j’ai ressenti la même fierté. Je l’ai souvent protégé du mieux que j’ai pu... Mais quand il a été tué cruellement, quand on l’a crucifié et qu’on l’a injurié, je n’ai rien pu faire. J’aurais voulu être à sa place.”

Un long moment de silence. “Ah ! Vous êtes la mère du Christ !”
Et la femme se met à genoux mais Marie la relève, l’attire contre elle, essuie une larme de ses yeux et demande : “Dites-moi le nom de votre fils que vous avez tant chéri afin que je porte avec vous votre peine et votre tragédie.”
Alors, l’autre a levé les yeux, soutenant le regard de Marie :
“Il s’appelait Judas Iscariot ! Je suis sa mère !”

(Adapté de l’anglais par Hélène Wiener, Idéa, mai 2002)

 

Lettre ouverte à Ponce Pilate

Pendant la semaine que le monde chrétien a voulu qualifier de “sainte”, le nom de Jésus-Christ, qui est le centre de l’histoire, est mentionné dans le monde entier. Il en va de même de ton nom, mais d’une façon différente. En tant que gouverneur tu devais le rencontrer face à face. A lui seul, ce fait t’accorde une place dans l’histoire. Mais ce qui la met en relief, c’est ton attitude, que tu as voulu neutre, face à Jésus-Christ lors du jugement qui lui était intenté sur la demande pressante de la foule.

Nul n’oubliera jamais que tu t’es lavé les mains et la signification qu’un tel geste a introduit dans l’imagerie populaire pour illustrer l’attitude de ceux qui, devant se prononcer, font de même en t’imitant.

Ah Pilate ! Ton neutralisme te fut fatal. Il t’a conduit à une attitude neutre, tout à fait indigne de ceux qui réfléchissent. La nuit précédente, tu n’as pas pu dormir et ta femme t’a donné quelques conseils que tu n’as pas retenus. En réalité, tu es le seul à savoir pour quelle raison tu n’as pas choisi entre les deux parties antagonistes. Ta position était plus importante que la Vérité. Je dis VERITE avec majuscules, car il ne s’agit pas de n’importe quelle vérité. Pour toi ce qui était important c’était de sauvegarder ton importante situation politique. Moralement tu t’es disqualifié; spirituellement, tu t’es suicidé.

J’ai essayé d’analyser ce passage clé de te vie et voici quelques conclusions qui me viennent à l’esprit. Conclusions qui pourraient bien s’appliquer à tous ceux qui t’imitent consciemment ou inconsciemment.

Je pense que la décision de te laver les mains n’était pas basée sur l’ignorance. Tu en savais trop sur Jésus-Christ. Ton “service de renseignements” avait bien fonctionné. Tu savais jour après jour où il était et ce qu’il disait. Et si ton service avait failli en quelque détail, quelqu’un d’important, comme Nicodème par exemple, t’aurait renseigné : n’avait-il pas parlé avec lui une nuit entière ? Ou bien Bartimée qui avait été aveugle et qui avait recouvré la vue grâce à lui. Et tant d’autres d’origines et de positions diverses auraient pu te renseigner. Mais tu as rejeté toutes les possibilités de connaître personnellement quoique ce soit au sujet de Jésus.

Poursuivant mon analyse, il m’est impossible d’accepter l’explication de l’indifférence. Il est évident que dans ton for intérieur tu aurais souhaité un dénouement différent. C’est ce qui explique ton essai de dévier ton problème sur Hérode. Lorsque Jésus-Christ devient un “problème” pour quelqu’un, nul en dehors de soi-même ne peut décider quoi faire avec lui. Hérode était un “renard” - comme l’avait dit Jésus – un vaniteux et un sensuel. On ne pouvait rien attendre de lui, comme rien de sérieux de toi. Quelle fin tragique que la sienne ! Et tout cela parce qu’il n’a pas voulu, osé, prendre une décision juste, ferme, à bon escient, malgré le prix à payer. Le genre de décision qu’on trouve tellement souvent sur son chemin.

Si ta position intime était l’indifférence envers l’Homme qui était là, devant toi, tu as alors prouvé ton insensibilité, ton irresponsabilité et ton apathie totale motivées par d’étranges intérêts. Plus tard, tu devais en payer le prix.

Certains pensent que ton attitude était dictée par un désir de représailles. C’est vrai que la jalousie peut nous jouer de mauvais tours. Ton désir de conserver le pouvoir n’avait pas de limites. Le bruit courait dans la foule que d’aucuns voulaient proclamer Jésus roi, en particulier après certains miracles retentissants. Pourtant, il était notoire qu’à aucun moment il n’a manifesté d’ambitions politiques. Il avait déclaré ouvertement être venu pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. Bien sûr, tout cela ne constituait pas une garantie pour toi. Il aurait pu changer d’avis. Et puis, tu ferais plaisir aux autorités religieuses et autres qui demandaient sa vie.

Enfin, laisse-moi te dire que beaucoup pensent que ton attitude fut dictée par la lâcheté. Certains historiens affirment que tu t’es suicidé. S’il en est ainsi, je te le redis, ton suicide moral a eu lieu lorsque tu as demandé de l’eau pour accomplir ton geste historique afin d’éviter une vraie rencontre avec Jésus-Christ.

Si seulement tu avais compris qu’il est impossible de crucifier la vérité et de la mettre dans un tombeau froid pour ne plus avoir à y penser ! Oui Pilate, c’est impossible. Car même si cela arrivait, la Vérité aurait toujours un “troisième jour” de résurrection. Si tes successeurs et imitateurs pensaient, ne serait-ce qu’un instant, à cette réalité, leurs décisions seraient différentes et le monde tout autre.

Je te salue Pilate, depuis l’éternité et m’étonne que malgré ton exemple et ta fin, il y ait encore de ceux qui marchent sur tes pas et qui t’imitent au lieu de suivre les traces de Celui qui sut transformer son humiliation en la plus grande richesse spirituelle léguée à l’homme, l’assurance de la vie et le salut éternel.

Quant à toi, ton exemple m’incite plutôt à être fidèle et loyal envers Christ. C’est une question de dignité.

Je te salue

Guillermo MILOVAN, Décision


Que mon âme prenne plaisir à rester sous tes yeux avec fidélité  et que tes yeux prennent plaisir à me regarder avec miséricorde.  Fais que jamais je n’aie dégoût ni honte de me tenir devant ta croix.

Anselme de Cantorbéry (12me siècle)

 

Pourquoi son Fils ?

Je discerne aujourd’hui que la vie entière de Jésus repose ou s’écroule sur sa prétention d’être Dieu. Je ne peux croire en sa promesse de pardon à moins qu’il n’ait l’autorité de l’accomplir. Je ne peux me fier à ses paroles sur l’autre côté du chemin (“Je prépare une place au ciel pour vous...”) à moins de croire qu’il vint du Père et retourna au Père. Plus important encore, s’il n’est pas Dieu, je dois envisager la croix comme un acte de cruauté divine plutôt qu’un sacrifice d’amour.

Sidney Carter écrivit ce poème dérangeant :

Mais Dieu se tient au ciel
Et ne fait rien,
Un million d’anges observent,
Sans lever une aile...
‘C’est Dieu qu’ils devraient crucifier
Au lieu de toi et moi’,
Dis-je à ce charpentier
Cloué au bois.

Au plan théologique, la seule réponse à l’accusation de Carter est cette doctrine mystérieuse selon laquelle, dans les mots de Paul : “Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même.” (2Cor 5.19). De façon incompréhensible, Dieu expérimenta personnellement la croix. Sinon, le calvaire sombrerait dans l’Histoire, comme une forme de maltraitance cosmique, au lieu de demeurer ce jour que nous appelons Vendredi saint.*

*Pour reprendre l’expression de Frederick Buechner : “Ce qui est nouveau dans la Nouvelle Alliance, donc, ce n’est pas tant l’idée que Dieu aime assez le monde pour verser son sang pour lui, mais bien cette affirmation qu’il passe en l’occurrence aux actes. Tel un père disant de son enfant malade : ‘Je ferais n’importe quoi pour que tu guérisses’, Dieu finit par se prendre lui-même au mot et par passer à l’acte. Jésus-Christ est ce qu’il choisit de faire et la croix devient le symbole central de la foi de la Nouvelle Alliance.” [Petit ABC de théologie : prendre ses désirs pour la réalité, éd. du Cerf, 1986 (traduction libre de Farel)].

Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Farel, 2001, p 268

 

Pourquoi Jésus devait mourir

Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous … (Romains 8.32 (BFC)

Nous mourons tous par nécessité. “La mort tient du péché son pouvoir de tuer” (1Cor 15.56), dit l’apôtre. Mais Christ est exempt de péché, et donc de mortalité. Derrière sa mort se profile le projet stupéfiant de Dieu pour sauver l’humanité. “Il a plu à l’Eternel de le briser par la souffrance.” (Es 53.10) Pas que cela lui ait fait plaisir, mais ce projet était la traduction dans le sang et dans les larmes de l’amour éternel dont nous sommes les bénéficiaires.

Qu’il devait mourir pour moi n’est pas un conte primitif et cruel. C’est le ‘chacun pour soi’ qui l’est. L’amour qui se donne est le sommet de l’éthique humaine. Et qu’en est-il de la justice ? La jeter aux orties, voilà ce qui est primitif et cruel. C’est justement cela qui rend notre monde si dur à vivre ! La réponse outrancière de Dieu est d’unir l’amour et la justice dans ce sacrifice inouï qui me libère. Christ meurt pour que je vive !

Christ devait mourir pour que nous puissions vivre autrement. “Par une offrande unique, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché.” (Héb 10.14) Ce qu’il exige – vivre autrement – il l’offre. Sa mort et sa résurrection renouvellent l’homme de l’intérieur. Par nature, tous nos efforts pour vivre autrement sont anéantis. Mais Christ crée du nouveau. “Lève-toi et marche” était un ordre impossible au paralytique. Maintenant que Christ est là, il se lève et il marche.

 

Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations.
Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables.

Paul Verlaine

 

   
 

Il n’est pas fou celui qui perd ce qu’il ne peut garder, afin de gagner ce qu’il ne peut perdre. (Jim Elliot)