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La mort et le deuil

 

Lorsque l’homme est devenu pécheur de par sa désobéissance et de par sa volonté d’affirmer son indépendance de Dieu, Dieu a prononcé sur lui une sentence qui se termine par ces mots : “Car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière”, Gen 3.19. La vie de l’homme reçoit ainsi un terme douloureux. Tôt ou tard, il doit se séparer des vivants et de leurs intérêts, quitter son lieu et suivre son destin.

La mort est une malédiction et un salaire

Elle est la conséquence finale de la rébellion contre le Créateur, Gen 2.17; cf. Rom 6.23. Elle est le dernier ennemi qu’il nous faudra tous affronter un jour, 1Cor 15.26 (vaincu, pas détruit). Et elle est amère. Pourquoi ? Parce qu’elle n’aurait pas dû exister. Parce qu’elle crée une séparation absolue et que la vie continue sans nous. Parce que nous laissons derrière nous tous nos orgueils, nos accomplissements. On peut passer toute sa vie à l’oublier, pourtant, on ne se fait pas oublier d’elle. Tous sont égaux devant la mort. “Les statistiques sur la mort sont très impressionnantes : 100% des humains meurent” (G. B. Shaw) Cf. Gen 3.22-24; Ec 3.19-22; 5.14,15; 8.10; 9.2-6; cf. 2Sam 12.23.

Si tout ceci est vrai pour tous, cela s’applique particulièrement au non-croyant. Dans l’Ecclésiaste, le mot clé est “sous le soleil”. C’est le monde qui se limite à l’ici-bas. Le non-croyant meurt sans espérance, 1Th 4.13. Il devra affronter le jugement de Dieu, Héb 9.27, cf. 10.31. Il meurt dans son péché, Jn 8.24, même si le plaisir semble avoir duré longtemps, cf. Ps 73.3-9,16-20.

Cette amertume est accompagnée par la crainte, cf. Job 18.14; Ps 55.5,6; Mt 8.25 et 10.28. Jésus nous délivre de cette crainte, 2Tim 1.10; Héb 2.15, cf. Ap 1.17,18 et 2.10.

La mort est un passage

C’est un voyage dans l’inconnu : même si nous savons où ce voyage nous mène, cf. Jn 14.5, le passage reste sombre. Jésus a connu l’angoisse face à la mort, Luc 22.44, une mort qui pour lui avait un effroi particulier que Paul saisit bien en 2Cor 5.21.

Devant l’annonce de la mort, beaucoup de personnes passent par les 5 émotions suivantes (leur propre mort ou celle d’un proche) :

  • Refus : “Il doit y avoir une erreur !” Mais plus tard, il sera content de pouvoir en parler avec quelqu’un. Il ne faut pas enfermer les gens dans le silence à propos de la mort.
  • Colère : “Pourquoi moi ? Ce n’est pas juste !” Se manifeste souvent par la critique de tout …et de Dieu.
  • Marchandage : Moins présente que les autres émotions. Parfois, on promet à donner de l’argent à l’œuvre de Dieu ou se consacrer à lui pour l’amener à changer d’avis.
  • Déprime : Un fort sentiment d’être perdu et d’être sur le point de tout perdre.
  • Acceptation : Souvent, cela va de pair avec une certaine apathie et un regard sur le monde comme un lieu sans intérêt.

Dans l’accompagnement de ces personnes, il faudra rester sensible à ces choses pour pouvoir apporter un vrai réconfort fondé sur la Parole de Dieu. Chez les chrétiens, plusieurs de ces émotions peuvent être très atténuées, voire absentes.

La mort est le passage vers l’au-delà. Nous quittons notre demeure terrestre pour être revêtus de notre domicile céleste, cf. 2Cor 5.1-5. Cette séparation est souvent dure et le processus est souvent douloureux. Mais pour le croyant, le passage donne sur une réalité merveilleuse : il s’en va auprès du Seigneur, Phil 1.21,23. C’est une “promotion à la gloire”, cf. Rom 8.18 ! La mort–malédiction peut devenir un seuil vers une vie meilleure au-delà de toute imagination. La mort n’est pas et n’a pas le dernier mot. Nous passons à une autre étape de notre vie, et même nos corps connaîtront la rédemption par la résurrection, Rom 8.23; 1Cor 15.22,42-44,48,49. Même le non-croyant ressuscitera, Ap 20.5,12,15.

Nous reconnaîtrons-nous dans l’autre monde ?

  • Nous serons les mêmes : Job 19.26; 1Th 4.14-18, les textes de Paul déjà vus et l’expérience de Jésus, Luc 24.39. Cf. aussi le texte étrange de 1Sam 28.12-15.
  • Nous serons différents : Mt 22.30, et l’expérience de Jésus.

Nos liens ne serons pas semblables, le péché ne sera plus, ni rien d’imparfait. La mémoire n’est manifestement pas identique à ce que nous connaissons actuellement. Au ciel, nous serons des esprits en attente de la résurrection. Donc, ce qui “survit” n’est pas l’expression physique de notre être. La reconnaissance ne sera donc pas physique. (Le texte de Luc 16.19-31 n’est pas une bonne indice, c’est une histoire dont le but est d’enseigner un point précis : la religion et la prospérité nous préparent mal pour l’au-delà.)

Serons-nous conscients dans l’au-delà ? Cf. 1Th 4.13, dormir. Beaucoup de ce genre de textes, notamment dans l’AT, se réfèrent à l’état physique de la mort et de l’enterrement. Cf. aussi Ap 14.13.

Les textes suivants semblent pourtant pencher vers une existence consciente dans l’au-delà : Ps 73.24; Luc 9.30,31; 23.43,46; Jn 17.24; Act 7.59,60; Ap 6.9-11.

Se préparer à mourir

Paul entrevoit sa mort en 2Tim 4.6-8. Ce texte nous permet d’aller à l’essentiel : Nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, Héb 13.14. Alors, comment s’y préparer ?

Se préparer spirituellement. Voilà ce qui doit venir en premier. Parce que la mort est un passage, celui qui ne s’y prépare pas est un myope. Il croit que tout se limite à la vie ici bas. C’est le problème des riches dans les paraboles, Luc 12.20,21 et 16.19ss. Dieu tient en sa main notre vie et notre mort, cf. Ps 104.29 et Ec 8.8. Nous avons été faits par lui et pour lui. L’oublier donne lieu à des réveils brutaux et désagréables. L’histoire que Jésus a racontée sur le mauvais riche et Lazare, Luc 16.19-31, est une leçon fort utile à ce sujet. Et nous ferons bien de prendre le temps d’y réfléchir et d’en tirer les conclusions, cf. Héb 9.27. Vivre selon Dieu peut prolonger la vie, Ex 20.12, 1R 3.14, cf. Phil 2.27, mais cf. Ps 90.10. Il est donc important d’achever notre course, celle que le Seigneur nous a destinée, cf. Luc 2.26; Act 13.36; 20.24; 2Pi 1.14.

“Mes parents m’ont raconté que mon grand-père a un jour senti la mort. Puis il a crié à Dieu, en se souvenant que Christ avait vaincu la mort, et il a été délivré instantanément. Quelques années plus tard –il était malade du cœur– il a dit à sa femme : aujourd’hui je vais faire un grand voyage, prépare-moi mon plus beau costume parce que je vais mourir. Il s’est lavé, changé et s’est couché sur son lit et il est mort. J’ai aussi le témoignage d’une grand-mère, sur un lit d’hôpital. Un jour l’infirmière lui demande comment elle va : De mieux en mieux, répondit-elle, parce que ce soir je vais être avec Jésus. Elle est morte un quart d’heure après.”
Dr Chr. Klopfenstein

Se préparer humainement. Comme Ezéchias, Es 38.1,5. C’est une grâce quand nous discernons que la mort est proche. Cela peut nous permettre de nous occuper d’un certain nombre de questions : nous entretenir avec nos proches, préparer notre enterrement, régler notre héritage. Ne nous laissons pas voler la mort par une médecine de plus en plus impersonnelle. En tant que chrétiens, nous savons que l’avenir est glorieux. Sachons-en parler sans crainte ni fausse pudeur.

Rappel utile autour de l’enterrement : Lors d’un enterrement, nous parlons aux vivants. Il y a pour cela une raison évidente : le défunt n’est plus là. Il n’y a que son corps. La mort, c’est la séparation et aucun mort n’assiste à son propre enterrement. Les morts ne nous voient pas, ne peuvent nous parler ou nous entendre, ils sont partis. Cela exclut toute possibilité de leur parler (ou de les invoquer dans le cas du spiritisme autant que dans le cas des “saints”). Cela rend toute prière pour eux inutile. Lors d’un enterrement, le but n’est pas de parler du mort, mais du Seigneur et cela aux (sur)vivants.

Quoi penser de l’euthanasie ?

Les raisons

  • Débat sur la valeur et la dignité de la vie. Est-ce l’absence de la souffrance, la bonne santé (=concept grec ancien) ?
  • Avance de la technique médicale à des limites inouïes.
  • Confusion entre euthanasie passive et active. La première n’est pas vraiment de l’euthanasie, car la personne meurt de sa propre maladie.

La personne qui demande à mourir (= suicide), demande en fait de l’aide. Mais dans un climat où la vie doit avoir une certaine qualité et où la valeur de la vie dépend du bonheur vécu, l’appel caché n’est plus entendu. C’est devenu le droit, puis le devoir du médecin, d’aider à mourir. Pourquoi ?

  • Limiter la souffrance du patient. Donc appel à la compassion et à l’amour.
  • Limiter les frais d’hospitalisation et libérer des places coûteuses.
  • L’homme est appelé à gérer sa vie et sa mort. C’est un droit de l’homme que de choisir le moment de sa mort. Mais ce droit devient très vite un devoir : Les personnes âgées affectées d’une maladie terminale ont un devoir de mourir et de disparaître. (Le gouverneur du Colorado en 1984 !)

Très vite, on assiste alors à l’abaissement des barrières. Bientôt, plus personne ne peut entrer à l’hôpital sans une appréhension des motivations derrière les ‘traitements’.

Que dit la Bible ?

La valeur de l’homme vient de Dieu, Gen 1.26; 9.6. Sa vie est donc sacrée, Ex 20.13. La mort est entre les mains de Dieu, Dt 32.39. Il est souverain, Rom 8.28, et il a donné la vie. Nous contestons le concept de la dignité de la vie en faveur de celle de la sainteté. Nous devons gérer la vie en venant au secours des autres, Mt 25.31-46. Si l’aiguillon de la mort est le péché, l’aiguillon de mourir est la solitude. La désertion est plus étouffante que la mort, et elle est davantage crainte (P. Ramsay).

La compassion chrétienne débouche sur un ministère de guérison et d’accompagnement, cf. Luc 10.25-37; Ja 5.14-15, dans le respect de la volonté de Dieu. C’est ce qui a conduit les chrétiens de tous les temps à s’investir dans les hôpitaux, les ladreries, les soins sociaux et, plus récemment, dans les soins palliatifs.

La souffrance est inéluctable, Gen 3.16-19, mais ce n’est pas seulement un mal à éviter à tout prix. L’exemple de Jésus et des apôtres va dans ce sens, cf. Ja 1.2-8; 2Cor 1.8,9; 4.16,17; 5.1-10 et 12.8,9; Ja 5.13. Le refus de la souffrance devient souvent le refus de celui qui souffre.

La mort, dernier ennemi, est aussi sous la maîtrise du Seigneur, Ap 1.18. Il faut la préparer (cf. Es 38.1,2) plutôt que la provoquer. Et ne pas se laisser non plus voler la mort par la médecine.

Ne laissons pas toutes les décisions entre les mains des autres, mais sachons nous préparer. Qui prendra les décisions à notre place si nous n’en sommes plus capables ?

Survivre à la mort

Nous avons tous, jusque là, survécu à la mort …des autres. Ce processus, nous l’appelons “deuil”. C’est réapprendre à vivre quand la présence de nos proches est devenue absence et que tous les verbes se conjuguent à l’imparfait.

Il y a deuil et deuil. Le deuil de ceux qui cherchent à surmonter leur perte, à survivre. Et le deuil public, auquel s’associent les autres.

Phases typiques dans le processus du deuil : 1. Détresse, turbulence cf. 2Sam 19.1. 2. Engourdissement. 3. Eclat des émotions (après l’enterrement). 4. Réajustement (±1 an). 5. Consolidation (±1 an; anniversaires, fêtes restent difficiles). Plus la relation antérieure était compliquée, plus le deuil et le réajustement seront difficiles.

Emotions du deuil : 1. Crainte de la solitude. 2. Dépression, parfois avec culpabilisation. 3. Agressivité, cf.  Jn 11.21. 4. Soulagement (après une longue maladie ou une vie difficile). 5. Sommeil perturbé, perte d’appétit. 6. Sentiment d’amputation.

(Symptômes normaux et ordinaires. Mais avec beaucoup de variation ! Extrait d’un cours de psychiatrie du Dr M. Barker à la Faculté de Théologie Evangélique à Vaux-sur-Seine) Voir aussi plus haut, les 5 émotions devant la maladie et l’annonce de la mort.

Cf. C. S. Lewis, Apprendre la mort (Paris : Cerf, 1974). C’est le carnet de bord de Lewis lors du décès de sa femme.

Mener le deuil est normal. Cela nous aide à retrouver nos repères en acceptant qu’il y a un temps nécessaire pour ce processus. Notre société refuse le deuil. On ne porte plus le deuil. Mais refuser le deuil repousse les problèmes à plus tard.

Est-ce que la foi rend le deuil plus facile ? Oui et non. Oui, parce que le Seigneur est là, malgré ce que nous pouvons ressentir. Auprès de lui, il y a consolation et secours comme nulle part ailleurs. Héb 4.16 nous rappelle le lien entre notre vie spirituelle d’aujourd’hui et le secours obtenu et vécu au moment de notre besoin. Plus cette vie spirituelle est compliquée, plus les problèmes deviennent pesants.

Mais cela ne rend pas les choses légères ! (“Ce n’est pas grave, Dieu est là, tout va bien” !!) Jésus devant la tombe de Lazare n’est pas béatement souriant, Jn 11.35. Il faut laisser le temps aux pleurs, à la tristesse, le deuil. Mais il est essentiel que cette tristesse soit vécue avec Jésus et que nous le laissions nous interpeller et nous aider à avancer, une fois le deuil bien entamé. Ne pas s’enfermer dans le deuil.

La Bible fait état du deuil en Israël, avec ses pleureuses attitrées, parfois avec grand bruit, cf. Jér 9.16; Mc 5.38,39, ses jeûnes, ses vêtements déchirés etc., cf. 2Sam 14.2; Néh 1.4; Ps 35.14; Jér 6.26; Ez 24.17.

Le NT est bien plus discret sur le sujet. Un texte comme 1Th 4.13 n’y est pas pour rien. Cependant, les valeurs suivantes devraient nécessairement s’y retrouver : honnêteté et absence d’hypocrisie, vérité, compassion, amour, confiance et espérance.

Dans notre façon d’entourer les endeuillés, ce n’est pas la tradition mais l’attachement au Maître qui doit nous guider. Et attention aux conseils “spirituels” genre amis de Job !

La promesse d’Ap 21.4 sera la conclusion de cette étude :  Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.

 

On ne nous ravit pas (l’homme),
mais nous le rendîmes au Prêteur.
Et sa vie ne fut pas détruite,
mais seulement transformée pour le meilleur.
La terre ne couvrit pas notre bien-aimé,
mais le ciel le reçut.
Attendons un laps bref de temps,
et nous serons avec celui dont nous pleurons la perte.

Saint Basile, 4e siècle, à une famille qui venait de perdre un jeune fils


Il n’est pas fou celui qui perd ce qu’il ne peut garder, afin de gagner ce qu’il ne peut perdre. (Jim Elliot)